Les anti-inflammatoires, comment ça marche ? Seconde partie : les anti-inflammatoires stéroïdiens ou corticoïdes

antibio2Cette fiche sur les anti-inflammatoires va vous aider à comprendre la prescription de votre vétérinaire, à l’appliquer au mieux et à en appréhender les effets secondaires.

Les corticoïdes sont des anti-inflammatoires précieux et puissants mais aux effets secondaires nombreux et difficiles à contrôler.

Une inflammation est une réaction de défense immunitaire de l’organisme à une agression externe (infection, brûlure, traumatisme) ou interne (allergie, maladie auto-immune) ; elle est caractérisée par de la rougeur, de la chaleur et de la douleur.

Les corticoïdes et les anti-inflammatoires non stéroïdiens bien que pourvus tous les deux de propriétés thérapeutiques similaires diffèrent beaucoup quant à leurs effets généraux sur l’organisme. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens font l’objet d’une première fiche.

Historique

Les corticoïdes ont été découverts dans les années 1940 en cherchant un traitement contre la polyarthrite évolutive chronique car cette maladie régressait lors de stress intense, or le cortisol est l’hormone du stress. Il s’agit de substances qui dérivent des hormones sécrétées par les glandes surrénales, petites glandes situées au-dessus des reins.

Le cortisol est une hormone naturelle qui a été chimiquement modifiée pour donner la prednisone, la prednisolone (aussi appelés les minéralocorticoïdes), la dexaméthasone, la bétaméthasone ou la triamcinolone (aussi appelés les glucocorticoïdes).

Formes et voies d’administration des corticoïdes

  • Les corticoïdes par voie injectable sont indiqués pour leur action immédiate et courte. En voie intraveineuse ils sont utilisés en urgence, pour traiter l’état de choc ou pour certains tests diagnostiques en particulier pour la maladie Cushing.
  • Les formes injectables par voie intramusculaire bénéficient d’une action prolongée dite « retard ».
  • Par voie orale, en comprimé, ils sont utilisés pour des traitements au long court.
  • Les formes locales sont prescrites pour diminuer la concentration, la dose, les effets systémiques et le coût du traitement.

> Chez les grands animaux comme chez le cheval par exemple ils peuvent être injectés par voie intra-articulaire.

Effets biologiques des corticoïdes

Effets métaboliques

Les corticoïdes présentent une action hyperglycémiante marquée ; ils présentent un risque sur les animaux diabétiques ou au risque de le devenir mais n’entraînent pas de diabète sur un animal non prédisposé.

Ces médicaments limitent la fabrication des protéines ce qui peut être à l’origine d’une amyotrophie, d’une laxité ligamentaire et d’un retard de croissance.

Les corticoïdes perturbent le métabolisme hydroélectrique en augmentant la résorption du sodium et en diminuant celle du potassium, avec un risque d’hypertension. Ils augmentent également la diurèse, c’est-à-dire l’émission des urines, ce qui se traduit par une augmentation de la prise de boisson. Ils peuvent être responsables d’œdèmes et de prise de poids.

Effets endocriniens (= sur les hormones naturelles)

Les corticoïdes miment l’action du cortisol naturel et vont donc en inhiber la production par l’organisme. Ces effets se retrouvent également avec les formes locales.

Chez un animal qui va prendre un traitement d’un mois de corticoïdes, sa sécrétion naturelle de cortisol sera inhibée à partir du 14ème jour et reviendra à la normale 14 jours après la fin du traitement. Les mêmes effets se rencontrent après cinq jours de traitement par voie locale (pommade aux corticoïdes). Ceci explique qu’il ne faut pas arrêter brutalement un traitement long.

La fonction thyroïdienne et la fonction sexuelle sont également modifiées par la prise d’un traitement aux corticoïdes.

Effets hématologiques et biochimiques

globuleLes corticoïdes modifient la production des globules rouges et des globules blancs et augmentent la fabrication des enzymes hépatiques (phosphatases alcalines, transaminases). Ils diminuent la production des globules blancs, cellules maîtresses des défenses immunitaires de l’organisme, et favorisent ainsi les risques d’infection ou de réveil d’infection.

Effets sur le tractus digestif

Les corticoïdes diminuent le pH gastrique et diminuent la sécrétion de mucus gastrique qui protège la muqueuse de l’estomac, à l’origine de diarrhées, vomissements ou de saignements digestifs. Ils perturbent également la fonction hépatique.

Effets sur le système nerveux central

Les corticoïdes sont des psychostimulants, ils augmentent l’appétit, diminuent le seuil épileptogène et peuvent être à l’origine, à forte dose, de convulsions ou de troubles de l’équilibre.

Effets cardio-vasculaires

La prise de corticoïdes augmente le risque d’hypertension.

Indications des corticoïdes

Les corticoïdes ont une action anti-inflammatoire non spécifique et directe, sur toutes les phases de l’inflammation ; ils sont donc indiqués dans les traitements anti-inflammatoires et antiallergiques.

Les corticoïdes sont utilisés en orthopédie lors de hernie discale par exemple et de troubles neurologiques.

Les corticoïdes sont des molécules incontournables du traitement de l’état de choc.

Ils constituent une thérapeutique de substitution lorsque les surrénales sont défaillantes (maladie d’Addison).

Les corticoïdes sont utilisés pour leurs vertus immunosuppressives dans les maladies auto-immunes (lupus, pemphigus…).

Ils présentent un grand intérêt en hématologie dans le traitement de certaines anémies.

L’asthme, en particulier chez le chat, est une des indications de l’utilisation des corticoïdes.

En cancérologie, certains protocoles de chimiothérapie incluent les corticoïdes.

Effets secondaires des corticoïdes

Syndrome de Cushing

Le syndrome de Cushing est un dysfonctionnement hormonal fréquent qui peut apparaître naturellement lors d’une hyperproduction de cortisol par les surrénales ou être secondaire à une administration de corticoïdes.

La manifestation de ce syndrome est essentiellement cutanée et se caractérise par :

  • Une atrophie cutanée, une finesse de la peau et une perte de l’élasticité cutanée à l’origine d’apparition de vergetures.
  • Une perte de poils (= alopécie) par atrophie des follicules pileux.
  • La formation de comédons (= «points noirs») qui correspondent à une accumulation de sébum dans les follicules pileux.
  • Des troubles de la mélanisation marquée par l’apparition de taches hyperpigmentées (foncées) ou au contraire dépigmentées (claires).
  • De la calcinose cutanée qui correspond à des dépôts de sels calciques dans le derme et qui forme des plaques surélevées blanchâtres et dures sous la peau.

Ce syndrome de Cushing provoque également un retard de la cicatrisation et un affaiblissement des défenses naturelles favorisant le développement d’infections, en particulier au niveau cutané (pyodermites).

L’apparition de ces signes dépend de la dose de corticoïdes administrés mais peut survenir également avec des applications locales de corticoïdes.

Action sur le système immunitaire

En diminuant la fabrication des globules blancs, les corticoïdes favorisent l’apparition d’infections ou le réveil d’infections (bactériennes, virales ou mycosiques).

Autres effets

L’administration de corticoïdes stimule l’appétit et la prise de boisson.

Elle peut également être responsable de troubles oculaires de type ulcère cornéen ou glaucome.

Les corticoïdes sont donc contre-indiqués :

  • Chez les animaux présentant une insuffisance rénale chronique ou une insuffisance hépatique chronique.

  • Chez les animaux diabétiques.

  • Chez les animaux présentant un ulcère gastrique ou un ulcère cornéen.

  • Lors d’infection grave.

  • Chez les femelles gestantes.

Législation

Les corticoïdes appartiennent à la liste I des substances dites vénéneuses car ils constituent « des substances classées dangereuses pour la santé, des médicaments susceptibles de présenter directement ou indirectement un danger pour la santé et sont des substances dont l’activité ou les effets indésirables nécessitent une surveillance médicale ».

Ainsi ces médicaments ne peuvent être délivrés par le pharmacien ou votre vétérinaire que sur présentation d’une ordonnance de moins de 3 mois, et elle ne sera pas renouvelable, sauf mention particulière du prescripteur. Il ne vous sera délivré qu’un traitement de 30 jours maximum à la fois. Chez votre vétérinaire, la prescription médicale se fait à l’issue d’un examen clinique.

Ceci est valable même pour les formes locales, les collyres, les pommades auriculaires ou les pommades cutanées contenant des corticoïdes.

Bonne pratique d’utilisation des corticoïdes

  • Même si les effets secondaires ne sont pas totalement anéantis, il faut privilégier quand c’est possible la voie locale.

  • Les injections de corticoïdes retards, même si elles paraissent pratiques dans certaines circonstances, sont assez largement condamnées.

  • Il faut privilégier la voie orale qui permet d’adapter au plus juste la posologie et de respecter le mécanisme endocrinien.

  • En pratique, l’utilisation de corticoïdes à court terme, en deçà de trois semaines, pose peu de problèmes. Au-delà, elle peut avoir de graves conséquences sur le fonctionnement des surrénales et de l’organisme.

  • Dans tous les cas, la prescription de corticoïdes doit être réfléchie, justifiée et raisonnée, en face d’un diagnostic de certitude (ou en épreuve thérapeutique de courte durée).

  • Ces médicaments ne doivent pas être employés ou réemployés en dehors d’une prescription médicale et au vu d’un examen clinique.

  • Le choix d’une corticothérapie se fait sur un équilibre acceptable entre une activité anti-inflammatoire suffisante et des effets indésirables tolérables.